Se former sur le fond pour garder la forme : une bonne résolution !

Qui n’est pas tenté, en début d’année, de dresser une liste de bonnes résolutions ?

Pour un traducteur indépendant, la formation pourra figurer parmi les priorités, les points à améliorer ou les aspects à optimiser pour de meilleurs résultats. Et pas seulement pour les professionnels en début de carrière ! Apprendre tout au long de la vie est gratifiant et (re)donne de l’assurance et la possibilité de rebondir. Se former, découvrir et approfondir, consolider ses acquis, persévérer, tout ça peut ouvrir des portes, aussi bien toutes nouvelles que laissées entrouvertes dans le cadre de notre activité. En tant que traducteurs, nous pouvons par exemple nous intéresser et décider de nous attaquer à une spécialité qui nous plaît, mais pour laquelle nous sommes novices ou nous disposons uniquement d’une formation initiale – éventuellement déjà lointaine – et qu’il faudra nécessairement renforcer. Dans les deux cas, on a – encore et toujours – besoin de faire ses classes. Et puis, en fonction de notre parcours, on est peut-être avant tout linguistes. Or en traduction spécialisée, il conviendra de maîtriser aussi les concepts. Chacun sa discipline ! À quoi nous pourrions ajouter les sous-disciplines, la traduction juridique, par exemple, se déclinant en de nombreux domaines.

Pour un traducteur indépendant, la formation pourrait aussi être une tasse de thé, un passe-temps, un plaisir, une passion et, pourquoi pas, un loisir auquel on aimerait consacrer plus de temps tout au long de l’année. Il pourrait encore s’agir d’une addiction ou d’un « vice caché ». L’important ne serait alors pas tant de chercher à s’en débarrasser à tout prix que de veiller plutôt à l’intégrer au mieux dans notre quotidien… Encore une fois, chacun sa discipline ! À quoi nous pourrions ajouter que chacun sait ce qui est bon pour lui et qu’au-delà des apparences, une « manie » peut se révéler bénéfique et procurer un équilibre !

Loin d’être une excentricité, la formation pourrait être un bon moyen de nous recentrer sur un parcours et des compétences en tant que traducteur spécialisé et de nous concentrer sur des atouts. À développer donc en 2017 !

Depuis, j’ai accepté des commandes en traduction juridique avec plus d’assurance, acquis plus d’aisance et consolidé certaines notions. 

La traduction juridique ne s’improvise pas et il est important d’avoir une formation solide. Et même quand on est déjà rodé ou parce qu’on l’est, les piqûres de rappel sont nécessaires et salutaires. C’est ainsi que j’ai choisi de suivre le programme de droit des affaires comparé (espagnol/français) de Leglosa à l’automne 2015. Mon diplôme et mes ouvrages de droit dataient de… l’an 2000 ! Il était plus que temps de se recycler ! D’autant que le monde change autour de nous que le droit évolue. Après avoir hésité du fait de l’investissement en temps que la formation supposait, je ne regrette absolument pas d’avoir consacré de nombreuses soirées à « bosser mon droit ». On n’en finit pas d’apprendre et c’est même indispensable ! Depuis, j’ai accepté des commandes en traduction juridique avec plus d’assurance, acquis plus d’aisance et consolidé certaines notions. Je me suis aussi débarrassée de mauvaises habitudes. L’utilité des formations dans la pratique quotidienne de notre métier est palpable !

Grâce à la formation suivie, j’ai été amenée à réapprendre à réfléchir sur le fond. J’ai pu me défaire du pilote automatique (qui voudrait nous faire aller trop vite) et privilégier la recherche de solutions concrètes, précises et pertinentes en puisant dans les deux systèmes. Si elle peut décontenancer au départ (car on n’entre pas directement et d’emblée dans la matière « traduction »), la méthode comparée est, d’après moi, vraiment adaptée. Les connaissances sont dès lors plus structurées et c’est cohérent avec l’impératif de rigueur en droit. Les documents qui constituent les devoirs sont rigoureusement sélectionnés pour mettre en application les contenus théoriques. On voit assez vite où veulent en venir les formateurs : la traduction juridique est parsemée d’embûches ! Mais on dispose d’un arsenal d’outils et de conseils et l’aventure se révèle passionnante. Cela dit, un linguiste appréciera tout autant des formations de droit pur des pays de ses langues de travail.

La formation fait ressortir en outre la nécessité d’un processus de « RD » pour traducteurs : 
Traduction = Réflexion + Décisions

La formation fait ressortir en outre la nécessité d’un processus de « RD » pour traducteurs : 
Traduction = Réflexion + Décisions
Du coup, le traducteur prend davantage la mesure de son rôle de médiateur/d’intermédiaire. Il doit se défaire aussi de tout perfectionnisme outrancier et être prêt à accepter les compromis. S’il lui faut impérativement éviter les mauvaises décisions, il rencontrera parfois plusieurs pistes envisageables/décisions valables, que dicteront également les impératifs du client mais surtout, en droit, la rigueur et l’utilité de la traduction (valeur d’information ou juridique). Les échanges avec la formatrice seraient un peu ici un aperçu du dialogue qui peut se nouer avec un client pour aboutir aux « bonnes » solutions, celles qui seraient les plus satisfaisantes.

Ainsi dans un contrat rédigé en espagnol, on pourra rencontrer une clause-type abordant la « resolución del contrato ». Il faudra éviter toute traduction littérale non réfléchie et s’interroger sur les concepts : quelles réalités cela renferme en droit espagnol et en droit français ? Y a-t-il là équivalence pure et parfaite ? Quel raisonnement suivre ? Comment s’en sortir ? C’est un exemple tout simple et un peu opportuniste au vu du calendrier et un minimum de formation en traduction juridique évite normalement de tomber dans le piège qui consisterait à le rendre systématiquement par « résolution du contrat » (la « résolution » est à caractère rétroactif en droit français !). Mais il illustre bien une grande difficulté de cette combinaison linguistique, réputée « facile » : deux langues très proches ne doivent pas nous induire en erreur et nous faire tomber dans la facilité de la littéralité justement. Il s’agit de bien réfléchir et d’effectuer un travail tant sur les concepts que sur la langue, binôme indispensable en traduction spécialisée.

Au fait dans l’autre sens, et pour revenir au calendrier, il n’y a pas de « buenas resoluciones » qui vaillent non plus en espagnol. L’expression consacrée est ici « buenos propósitos ».  Une piste : démarrer l’année motivé avec de nouvelles idées et des projets (une formation, par exemple), voilà ce que tout un chacun pourrait se proposer de faire... Pour ma part, j’y tiens et j’espère bien m’y tenir !

 

** Si ce programme n’existe plus en tant que tel, les contenus de son volet de droit français sont enseignés dans la formation « Expert en droit des affaires ».


Béatrice Pépin (1).jpg

Béatrice Pépin

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Installée à son compte depuis 2003, elle s’est spécialisée en économie et communication d’entreprise après un DESS en traduction juridique et économique et plusieurs expériences en interne, notamment dans le secteur de la finance. La forte imbrication qui existe entre ces domaines et les changements rapides à l’œuvre rendent l’exercice périlleux, mais passionnant. La formation continue proposée par les associations professionnelles et de petites structures spécialisées, ainsi que les cours en ligne ouverts à tous s’inscrivent donc tout naturellement dans son quotidien de traductrice aux prises, entre autres, avec ce redoutable monstre à trois têtes.